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03.03.2010

un article de Etienne Deschaseaux : faucon volé

Des cheveux peroxydés, un baggy, des baskets de skateboard. Alexandre Hurlin ne correspond pas vraiment à l'image que l'on se fait d'un chasseur. Pourtant, derrière lui, un oiseau de proie rappelle sa passion. Il est fauconnier. « Quand j'avais 9 ans, ma mère m'a emmené voir un spectacle de volerie avec des rapaces, se remémore-t-il. J'ai tout de suite eu le coup de foudre ! »

D'ailleurs, au delà de la fauconnerie, on sent bien qu'un amour sans concession le lie aux animaux. Des poules, des oies, des chiens, un cheval... C'est toute une faune qui vous accueille chez lui, près de Neaufle-Auvergny.

Sur son perchoir, Coca, une jeune buse de Harris, manifeste sa présence. Tel un enfant, elle entend bien capter l'attention exclusive de son maître, qu'elle réclame en se dandinant d'une patte sur l'autre. La fauconnerie n'est pas un loisir, mais un mode de vie. Car les rapaces, aussi impressionnants qu'ils soient, sont des oiseaux fragiles. « Ils réclament des soins très spécifiques, il faut par exemple les nourrir au gramme près : c'est une attention de tous les instants ! », précise Alexandre Hurlin. Malgré la passion qui l'anime, le jeune homme a dû franchir pas mal d'obstacle pour entrer dans le milieu de la fauconnerie. « Si on ne paye pas d'impôt sur la fortune et si l'on a pas 100 hectares de terrain, tout le monde vous regarde de haut ! », affirme-t-il avec une pointe d'aigreur. Lui, c'est en autodidacte  qu'il a découvert les bases du métier.

 

boulimie de lecture. De 11 à 17 ans, il a lu tous les traités sur son art qui pouvaient lui passer entre les mains. Mais rapidement, le besoin d'un apprentissage concret s'est fait sentir. « Quand j'étais encore en troisième, j'ai fais un stage à l'espace Rambouillet, en région parisienne, qui dispose d'une des plus belles voleries de France, explique-t-il. Entre 19 et 20 ans, j'ai travaillé avec eux durant deux étés; c'est cela que je veux : faire connaître les rapaces au public ». Et pour cela, le jeune homme poursuit son apprentissage. Un jour, il rencontre Jean-Philippe Varin, l'un des plus grands dresseurs animaliers. Rapidement, celui-ci prend Alexandre sous son aile. C'est lui qui confie au jeune homme ses premiers rapaces - « Une chouette Hulotte et un vautour des Andes » - pour qu'il fasse ses preuves. « C'est vraiment là que tout a commencé, c'est lui qui le premier m'a fait confiance en me confiant des oiseaux».

Aujourd'hui, le jeune homme est en attente de la certification qui lui permettra de pratiquer son art à titre professionnel. Celle-ci devrait lui être délivrée dans les prochains jours. Pourtant, il est amer. Il y a peu, un drame est venu ternir sa progression : le vol de son faucon Gerfault, Etnies (voir encadré). Aujourd'hui, il est dans l'attente de nouvelles de son faucon. Avec l'espoir que bientôt, il pourra partager sa passion avec le public Ornais, et inscrire dans le ciel les arabesques majestueuses de ses oiseaux réunis à nouveau.

Par Etienne Deschaseaux : La Pauvreté au féminin

 

 

 

Selon une récente étude du Secours Catholique, les femmes sont plus particulièrement touchées par la crise et la plupart des familles monoparentales accueillies vivent en dessous du seuil de pauvreté. Bilan dans le sud de l’Eure et le Pays de L’Aigle.

 

« L’année 2009 a été très difficile » résume avec fatalité Michel Fournet, responsable de l’antenne du Secours Catholique de Verneuil. Reste que cette fatalité n’entame en rien la détermination des bénévoles qui doivent être de plus en plus performants pour gérer la pénurie. Surtout que pour le seul premier semestre 2009, le nombre de demandeurs avait déjà doublé par rapport à 2008. Est-ce franchement une surprise ? Toujours est-il que la crise a affecté les plus faibles en favorisant la disparition des petits boulots. De plus, aujourd’hui les femmes représentent à Verneuil 90 % des demandeurs. « Ces femmes sont pour 75 % d’entre elles à la tête de familles monoparentales. Certaines sont mères célibataires, d’autres sont divorcées, d’autres encore, les plus nombreuses ont été abandonnées sans pension alimentaire » ajoute Michel Fournet. Hormis leur situation familiale, le responsable de l’antenne de Verneuil estime que ces « victimes » souffrent de plusieurs handicaps : « elles ont plus de difficulté à trouver du travail et quand elles en trouvent il s’agit souvent d’emplois intermittents et mal payés. Parallèlement elles ont toutes la charge des enfants ». Le phénomène est général. Néanmoins il concerne plus particulièrement le sud de l’Eure où les transports en commun, quasiment inexistants, ne favorisent pas la mobilité professionnelle. Les personnes âgées, dans le sillage du mamy boom, sont elles aussi, menacées par la précarité. Comme pour les jeunes, ce sont surtout les femmes qui doivent se battre pour survivre notamment les épouses d’artisans ou d’agriculteurs qui n’ont pas été déclarées et qui ne touchent, par conséquent, pas de retraite. En fait, pour toutes ces personnes, ce sont les dépenses alimentaires mais aussi d’eau, de gaz et d’électricité qui sont difficiles à couvrir. Quant au logement, la situation est manifestement moins dramatique grâce à l’APL et à un nombre d’HLM relativement important. Enfin, et ce n’est pas nouveau, le crédit continue à faire des ravages. « La hantise des dettes est certainement ce qu’il y a de pire. Quand ces dettes s’accumulent les gens perdent pied complètement. On dit alors qu’ils sont désocialisés mais en réalité ils n’en peuvent plus. Que faire lorsqu’on a 3 000 € de factures avec des ressources n’atteignant même pas le SMIC ?  » note le responsable associatif. Les réserves des associations caritatives étant au plus bas, Michel Fournet lance un appel à la solidarité en appelant la population à participer à la collecte de la Banque alimentaire auprès duquel le Secours Catholique local s’approvisionne. Cette collecte se déroulera dans les grandes surfaces de Verneuil les 27 et 28 novembre.

 

Dans l'Orne, le constat guère plus réjouissant. « Nous voyons de plus en plus de femmes seules qui viennent nous voir avec leurs enfants, confie (...) Portet, responsable de l'antenne du Secours Catholique de l'Aigle. Nous avons constaté en 2009 une augmentation de 2 à 3% des demandes d'aide». La crise est passée par là; aujourd'hui, il est compliqué de trouver un emploi stable pour ces femmes souvent peu qualifiées. Qui plus est, la région manque d'industries, ce qui pénalise de fait les postes à pourvoir. « Pour celles qui ont un travail, ce ne sont bien souvent que des emplois à temps partiels, qui ne leur rapportent pas assez pour subvenir à leurs besoins». Des aides sont dispensées par les organismes sociaux, et notamment la CAF, mais ce ne sont que quelques subsides. Pas de quoi boucler les fins de mois. Deux profils sont à distinguer dans le public féminin en difficultés. Il comporte beaucoup de femmes jeunes, âgées de 22 à 35 ans. Mais depuis 2008, de plus en plus de femmes retraitées viennent également solliciter les services du Secours Catholique. « Ce ne sont pas du tout les même publics, explique Monique Grimperet, trésorière de l'antenne de l'Aigle. Les aînées gèrent leur budget par priorité, elles refusent d'avoir des dettes, et nous pouvons constater que leurs comptes sont bien tenus. Seulement, elles reçoivent des pensions de misère ! » Une situation bien différente est constatée chez les demandeuses les plus jeunes. A peine sortie de l'enfance pour certaine, livrées à elle-même, elles peinent à établir les comptes de leur ménage. « Pour les plus jeunes, il y aurait peut-être un travail éducatif à faire concernant les dépenses», reconnaît Monique Grimperet. Des liens sont développés par l'association caritative avec la quarantaine d'association que compte l'Aigle, afin de tisser un réseau d'aide cohérent. Souvent les femmes accueillies sont déjà suivies par le CIAS (Centre intercommunal d'action sociale). Cette structure verse une allocation au Secours Catholique pour les aides qu'il fournit. « Nous apportons un soutien financier pour les principaux postes budgétaires : gaz, chauffage, essence, explique (...) Portet. Pour cela, nous faisons des versements directs au créanciers». L'association gère également des dossiers de surendettement, par le biais de sa locale d'Alençon. Là, des prêts à 0% peuvent être concédés sous conditions. Mais pour obtenir ces aides, encore faut-il les demander, ce qui n'est pas toujours facile, comme le déplore Monique Grimperet. « Malheureusement, nous savons qu'il y a des gens, dans les campagnes, qui n'osent pas faire des demandes : je me demande comment ils vivent ! »

 

Etienne Deschaseaux

Par Etienne Deschaseaux : rencontre avec Luc Arbogast

« Quand je chante, je suis en prière », confie Luc Arbogast d'une voix douce. La Chapelle Saint Nicolas offrait donc un cadre idéal pour exprimer son art. Vendredi soir, il s'est produit devant une cinquantaine de personnes, qu'il a rapidement su subjuguer. Il faut dire que l'homme est tout en contraste. Une stature robuste, le crâne rasé, des tatouages, il ne dépareillerais pas dans un groupe de hard rock.

« On ne juge pas un livre à sa couverture ! », glisse-t-il malicieusement en guise d'avertissement. Troubadour des temps modernes, c'est à la musique médiéval qu'il est tout entier dévoué. Son concert a permit aux vernoliens qui ont eu la chance d'y assister de découvrir diverses facettes de son talent. Dans une première partie intimiste, toute en demi-teinte et en sobriété, Luc Arbogast a profité de l'acoustique particulière de la crypte du lieu pour offrir des complaintes courtoises, accompagné de son seul luth et de surprenantes clochettes accrochées à ses chausses. Pour faire découvrir sa voix également, tout aussi surprenante que son physique peu commun. Contre ténor naturel, ses envolés dans les aigues ont de quoi faire frémir même les mélomanes les plus blasés. « Je dois avoir 4 ou 5 octaves de tessiture, explique-t-il, mais je ne m'en préoccupe guère le dois dire, ce qui compte c'est l'émotion que je puis transmettre ». Et de l'émotion il y en a eu sous les voutes. Peu à peu, le public, tout acquis au spectacle, a donné de la voix, lui aussi. Une communion musicale s'est instauré, sans que le trait ne soit forcé, comme une évidence.

Lors de la seconde partie, donnée cette fois-ci sous les arches de la chapelle, l'acoustique plus ample du lieu a permit plus d'éclat. Cette fois-ci accompagné aux percussions par son complice Zoum, l'artiste a proposé un registre plus percutant, mélant les mélodies chaloupés des traditions sythes aux rythmiques moyenâgeuses qui lui sont chère. Tout d'abord transi par le froid qui régnait dans une chapelle peu chauffée, les spectateurs se sont peu à peu réchauffés à sa voix, donnant la leur en retour. Arbogast a su habilement tirer partie de ce choeur improvisé pour exprimer tout son talent. Tantôt caressante, tantôt déchirante, son timbre d'ange a su marquer de son empreinte les heureux élus qui ont pu participer à ce moment de bravoure. Nul doute que lors de son prochain passage en terre vernolienne, lors de la fête des Gueux au mois de mai, cet artiste peu commun trouvera un public déjà tout acquis à sa cause.

 

Par Etienne Deschaseaux

 
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